2008 : la crise des subprimes

Bienvenue dans Résonance, le podcast de la Banque de Luxembourg, qui revient sur les grands événements de ces 100 dernières années. Nous vous proposons notre éclairage sur leur résonance dans la société moderne. Comment ces événements d’hier peuvent nous amener à considérer les enjeux financiers de demain ?

Veuillez découvrir le podcast sur la crise des subprimes et l’impact qu’elle a encore aujourd’hui, présenté par Salma Haouach, chroniqueuse économique, et enrichi par la vision d’Etienne Planchard, membre du Comité Exécutif et Responsable gestion de risques.

Découvrez cette série de 6 podcasts qui analyse avec un regard positif les grandes évolutions nées de crises précédentes.

« La réglementation est en parfaite cohérence avec l’approche prudentielle qui a toujours été la nôtre. »

Etienne Planchard, Responsable gestion des risques

Le podcast en résumé

Les plus de 20 ans aujourd’hui ont probablement tous vécu dans le fantasme des années 2000, où l’on pensait que tout s’effondrerait après le 31 décembre 1999 à 23h59. 

La « nouvelle économie » et la dématérialisation de l’information donnaient une impression de no limit, comme si l’accessibilité diminuait la perception des limites et donc, des risques. L’économie était au top de sa forme avec des taux de croissance du PIB de 5%. C’est pourtant en 2001 que la bulle internet explose, faisant disparaître du marché la bagatelle de 2 000 milliards de dollars et laissant au passage une dette de 110 milliards de dollars.

Alan Greenspan, président de la Fed, réduira encore et encore les taux d’intérêt. Il dira en 2008 : « la plupart du temps, nous aurons eu tort » et pour cause… Distribuer des crédits pour relancer la machine économique via l’emprunt ne suffisait pas. 

C’est là que les banques se mirent à prêter de l’argent à des profils plus risqués, d’où le nom de subprime – sub ‘’au dessous’’ et prime ‘’taux d’intérêt’’, les ménages ayant un profil plus risqué devaient payer un taux d’intérêt bien plus élevé. 

Puisque le prêt était couvert par l’hypothèque d’une part et que les prix augmentaient, et que d’autre part, les emprunts étaient couverts sur le marché financier par la titrisation, le risque semblait alors inexistant. 

Les politiques de l’époque firent tout pour encourager l’accession à la propriété. Ces événements créent une résonance aujourd’hui avec les ingrédients principaux d’une crise : beaucoup d’argent en circulation, une confiance et un optimisme irraisonné et une économie qui ne tient que grâce aux emprunts. 

Au vu de l’absence de régulation, les risques pris furent de plus en plus inconsidérés : beaucoup de projets risqués étaient déguisés en investissements sûrs… Pendant des années, les traders ont pris leurs profits. 

« Le profit est toujours très élevé dans les pays qui sont très faciles à ruiner. »

Adam Smith

« Le profit est toujours très élevé dans les pays qui sont très faciles à ruiner » disait Adam Smith dans La Richesse des Nations

Les prix continuèrent de monter : l’accès à la richesse devenait tout d’un coup possible à tous. Les constructions créèrent de l’emploi, ce qui dopa la consommation. Les ménages s’endettèrent de plus en plus avec l’illusion de posséder ce qui en réalité était bien au-dessus de leurs moyens. Cela peut rappeler l’effet Diderot : prestigieux mais sans le sou, il vendit sa bibliothèque à Catherine de Russie pour payer la dot de sa fille. Avec l’argent qui lui restait, il décida de s’acheter un beau manteau. Mais une fois qu’il eut son manteau, il trouva que tout le reste de ses biens était vilain. Il se mit à acheter encore et encore jusqu’à y perdre sa fortune. C’est ainsi que se comportèrent les Américains. 

Les premiers clients firent défaut mais personne ne s’inquiéta. C’est lorsque les investisseurs cessèrent d’acheter les titres que les banques se retrouvèrent avec des crédits sur les bras dont plus personne ne voulait. Pourtant, personne ne paniqua : ces banques étaient persuadées qu’elles seraient sauvées quoiqu’il arrive. Avec l’argent du contribuable, certes, mais c’est un petit détail… 

Mais le glas sonna lorsque les États-Unis décidèrent de ne pas renflouer Lehman Brothers, l’une des plus anciennes institutions bancaires, les mettant face à leurs responsabilités. Cette première faillite entraîna la fin du monde financier tel que nous l’avons connu. Désormais, c’est toute l’économie mondiale qui était menacée – les états durent injecter des milliards de dollars pour garantir la stabilité économique de leurs pays. Beaucoup de ces titres et des dettes étaient entremêlés – mondialisation oblige. De cette époque datent les premiers très gros déficits budgétaires des États : alors que le ratio d’endettement de 60 % du PIB était en mise, la plupart des États passèrent à 100 %, voire… 170% pour la Grèce. 

Cet épisode nous interpelle sur les règles de gouvernance que doivent aujourd’hui appliquer les banques pour garantir leur stabilité. La théorie des marchés efficients – de Eugene Fama, prix Nobel d’économie en 2013 – a démontré ses limites. 

Minsky, un économiste américain, avait déjà théorisé cela. La bonne santé de l’économie pousse les entreprises à prendre des risques et à s’endetter. Vient le moment – que l’on appelle ‘’le moment Minsky” – où elles se rendent compte qu’elles ont été trop loin et cherchent à se désendetter, ce qui provoque une récession, voire, une crise. Cette même crise qui a poussé les États à mettre sur pied une réglementation plus intense afin de protéger les investisseurs et les banques, d’eux-mêmes.

Etienne Planchard, Responsable Gestion de risques à la Banque de Luxembourg, nous explique comment cette époque résonne dans sa philosophie de gestion aujourd’hui :

« Une banque comme la nôtre doit tirer les leçons de crises telles que les subprimes et la bulle internet. On voit que dans une crise comme dans l’autre, on retrouve les mêmes ingrédients : des taux bas donc une expansion des crédits et une croyance généralisée dans les fondamentaux économiques qui a conduit à une sorte d’« exubérance irrationnelle ». C’était le terme employé par Alan Greenspan, Directeur de la Réserve Fédérale des Etats-Unis en 1996. Et puis ce fût une contagion rapide à l’économie mondiale puisqu’il s’agissait de sociétés phares, qui ont été conduites à la faillite, que çe soit lors de la bulle internet ou de la crise financière avec des faillites retentissantes.  
La réponse la plus rationnelle qu’a trouvé l’être humain pour lutter contre son propre comportement irrationnel a été de légiférer. Donc les banques se sont retrouvées avec un arsenal réglementaire qu’il a fallu mettre en place ; et cet arsenal, à la Banque de Luxembourg, nous l’avons bien entendu mis en place. Cela a demandé de gros investissements, notamment dans les outils informatiques, mais nous avons essayé de le faire de la façon la plus douce possible pour nos clients. Finalement, cette réglementation est en parfaite cohérence avec l’approche prudentielle qui a toujours été la nôtre, dans l’exercice de notre métier. Ce qui est somme toute logique puisque notre mission est d’accompagner nos clients dans la durée et de garder raison en toute circonstance. C’est un gage de sérénité pour nos clients dans la durée  : ils nous sont beaucoup plus reconnaissants pour la régularité de nos performances et de nos prestations plutôt que pour des performances ponctuelles.
Une telle crise pourrait évidemment se reproduire puisqu’il y a les mêmes ingrédients que lors de ces deux crises – des taux très bas et des secteurs en vogue – qui suscitent beaucoup d’intérêt, par exemple le secteur de l’immobilier notamment au Grand-Duché. Nous restons donc très vigilants à accompagner nos clients, qu’ils soient particuliers ou entreprises, sur des projets qui font sens par rapport aux marchés, leurs capacités financières, leurs objectifs à long terme, voire leur situation personnelle.  Nous avons à cœur de bien cerner leur ‘’appétence aux risques’’ et qu’elle soit en cohérence avec la nôtre, de manière à être dans une logique de projet gagnant sur le long terme, pour les deux parties. »

Cet épisode incite à gérer notre patrimoine de façon responsable et en bon père de famille.

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